Comme je l'ai dit dans un autre billet, lors de l'Expo 67 j'ai travaillé au Labyrinthe. J'y ai travaillé dans le sens d'accomplir ce qui nous était demandé. Mais on s'y est beaucoup amusé.
D'abord, avec l'administration totalement désorganisée. Quand on travaillait dehors, nous étions des animateurs de foule. On organisait les gens dans la file, leur répétant sans cesse que si quelqu'un s'y introduisait, ça pouvait vouloir dire 20 minutes d'attente supplémentaire ou, dans le pire des cas, l'impossibilité d'entrer voir le spectacle avant la fermeture. Disons que le monde devenait vigilant.
À l'occasion, on a même fait marcher la file autour du pavillon pour les faire bouger un peu, l'attente étant d plus de 6 heures. On les a fait chanter ( Alouette, à la fois en français et en anglais ). On peut faire beaucoup de choses avec une foule captive.
À l'extérieur, on gérait l'arrivée des VIP par la porte principale. Les Russes arrivant dans leurs grosses voitures noires. Ils étaient parfois 10 ou douze entassés dans la voiture. Et les "journalistes" essayant de faire entrer leur famille élargie ( 10 cousins, amis, etc. ). Là on s'amusait à les empêcher d'entrer.
Quand on travaillait à l'intérieur, rarement dans mon cas, les spectacles suivaient un protocole strict, qui recommençait à toutes les 20 minutes. Première représentation à 10:00 le matin et dernière à 22:00 le soir.
On accompagnait un groupe du début à la fin, à travers différentes salles. Ensuite, après une pause, parfois le lunch, on reprenait. Comme on ne pouvait quitter en milieu de représentation, une journée de travail pouvait n'être que 3 représentation, une autre 5. On a alors négocié.
Nous avons demandé, que peu importe le nombre de représentation, on devait être payé pour 8 heures. On a gagné. Il devenait alors possible de travailler du matin 10:00 ( en fait, le travail commençait à 09:00 ) et travailler deux quarts de travail, terminer à 22:30 et être payé pour 16 heures.
Sans compter la prime 1.5 ou 2 fois pour les congés. Ce fut un été payant.
J'étais un des seuls étudiants mariés dans le groupe. Et tout le monde aimait Denise. Certains qui venaient de l'extérieur de Montréal vivaient en chambre pour l'été. Ils ont convaincus Denise de faire plus de lunch pour eux. Le matin j'arrivais avec 3 ou 4 sacs de lunch pour les amis.
Denise travaillait comme infirmière et elle avait congé certains jours où je n'en avais pas. Alors elle venait à l'Expo et elle a tout visité sans attendre. Elle coupait les files, allait comme VIP et si on insistait, elle donnait une passe permettant d'entrer au Labyrinthe sans attendre. C'était de l'or car au Labyrinthe, il fallait attendre de 4 à 10 heures pour entrer. Elle a pu tout voir, sans jamais attendre.
Quant à moi, je n'ai vu que les principales attractions, pavillon russe, Lanterna Magika, le pavillon Bell avec cinéma circulaire, le mini-rail, etc.
Et quelques fois, nous avons participé à quelques "partys" à Habitat 67. Les copains qui y travaillaient organisaient occasionnellement des rencontres non-officielles dans une unité libre. Beaux "partys" bien arrosés. Et, le père d'une amie avait loué une unité pour ses clients. Quand c'était libre, on y allait. Il n'y avait pas de Twitter dans le temps. Mais le bouche à oreille fonctionnait très bien.
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3 juil. 2010
28 juin 2010
Mon travail à l'Expo 67
En 1967, je suis étudiant à Polytechnique et le travail d'été se passe à l'Expo 67. Mon épouse travaille avec une fille dont le mari est bien placé à l'Expo. Il réussit à me placer sur une liste pour aller à des entrevues.
Les systèmes sont mal foutus et je n'étais jamais officiellement retenu, ni officiellement rejeté. Mon contact me disait toujours où avait lieu la suite et je m'y présentais. Il y avait tellement d'erreurs, que c'était normal de ne pas être sur la liste.
Je devais travailler à "l'Homme et la Cité", ce qui englobait Habitat 67. J'étais tout fier de pouvoir tout apprendre sur les villes du futur et sur ce type d'architecture.
Hélas, un mois avant l'événement, on m'avise qu'il y a trop de monde et que je ne serai pas retenu. Mais, le pavillon voisin, le Labyrinthe, géré par l'ONF, manque de personnel et on m'y envoie.
Si on pense qu'Expo 67 était mal géré, l'ONF n'avait rien à leur envier dans le domaine de la mauvaise gestion. Mais j'ai eu un emploi, et ce fut payant.
Le Labyrinthe était situé sur la Cité du Havre, tout à côté d'Habitat 67. Il y avait 4 étages et 3 salles par étage que les visiteurs devaient visiter une à la suite de l'autre, un vrai labyrinthe reprenant le thème du Minotaure, ou l'Homme à la recherche de l'Homme et du dépassement de soi. Ce pavillon a été conçu par des cinéastes de renom, dont Colin Low, qui devint un des créateurs d'IMAX, suite aux travaux faits pour le Labyrinthe.
Dès les premiers jours de l'Expo, j'ai senti que l'été serait long à entendre la même chose, 6 à 8 fois par jour, à l'intérieur d'un bloc de béton.
Comme on était un peu hors circuit, il n'y avait pas beaucoup de visiteurs. Ailleurs, il y avait foule et un journaliste de La Gazette avait noté qu'une file s'était formée derrière un homme qui attendait quelqu'un à coté d'une porte inutilisée. On a alors eu l'idée de créer une file.
Normalement, on entrait sans attendre. On a obligé les gens à attendre quelques minutes. En moins de deux heures, on avait une file bien vivante.
Les premiers jours de l'Expo, fin avril 67, il faisait chaud. Mais quelques jours plus tard ce fut assez froid. Peu de personnes voulaient aller dehors. Nous n'étions que quelques uns à le faire et parce qu'on avait travaillé dehors au froid, tout l'été on a eu le privilège de pouvoir travailler à l'extérieur en priorité. Beaucoup mieux que de réentendre les films encore et encore. Il y eut du soleil, de la pluie, des orages, des confrontations avec les spectateurs, bref, un bel été.
Plus tard dans la saison, nous avons eu les files les plus longues de tout l'Expo. Le matin en quelques minutes, la file se constituait et on comptait les gens. On les avisait qu'il était possible qu'ils ne puissent entrer pour le dernier spectacle de 22:00. Et cela arrivait fréquemment.
Pour fermer les portes, on portait un casque protecteur, et par en arrière de la file, avec un mégaphone, on demandait l'attention des gens. Ils se retournaient et lentement, en français et en anglais, on annonçait que le prochain spectacle aurait lieu à 10 heures, le lendemain matin.
Pendant ce temps, les portes d'acier étaient fermées et verrouillés et on partait en courant, recevant toutes sortes d'objets lancés par les gens déçus. On les avait pourtant avertis. Pour arriver les premiers, il fallait habiter sur le site soit en logeant à Habitat 67 qui avait quelques unités en location, ou encore avoir un emplacement à la marina. Les autres ne pouvaient entrer sur le site avant l'ouverture à 09:30
Le système de gestion était inexistant ou à tout le moins inadéquat. On a fait beaucoup d'argent. Au début de l'été, pour être juste avec tous, on a distribué les congés de fin de semaine équitablement entre tous. Tout le monde avait le même nombre de congés pour la saison.
Si on n'entrait pas travailler, on n'était pas payé. Si on travaillait lors de notre premier jour de congé prévu pour la semaine, c'était temps et demi et temps double pour la deuxième journée.
Rapidement, on s'est échangé nos jours de travail. Tu as congé vendredi et samedi et moi j'ai congé dimanche et lundi. Alors, je n'entre pas vendredi et samedi et tu me remplaces. Tu fais de même dimanche et lundi et je te remplace. Au total, je travaille 5 jours et je suis payé pour 6 et demi et toi de même.
Quand ils s'en sont rendu compte, septembre arrivait et je suis reparti à Polytechnique. Avec un beau motton.
Je n'ai presque rien vu d'Expo 67. On en reparlera dans un autre texte.
Les systèmes sont mal foutus et je n'étais jamais officiellement retenu, ni officiellement rejeté. Mon contact me disait toujours où avait lieu la suite et je m'y présentais. Il y avait tellement d'erreurs, que c'était normal de ne pas être sur la liste.
Je devais travailler à "l'Homme et la Cité", ce qui englobait Habitat 67. J'étais tout fier de pouvoir tout apprendre sur les villes du futur et sur ce type d'architecture.
Hélas, un mois avant l'événement, on m'avise qu'il y a trop de monde et que je ne serai pas retenu. Mais, le pavillon voisin, le Labyrinthe, géré par l'ONF, manque de personnel et on m'y envoie.
Si on pense qu'Expo 67 était mal géré, l'ONF n'avait rien à leur envier dans le domaine de la mauvaise gestion. Mais j'ai eu un emploi, et ce fut payant.
Le Labyrinthe était situé sur la Cité du Havre, tout à côté d'Habitat 67. Il y avait 4 étages et 3 salles par étage que les visiteurs devaient visiter une à la suite de l'autre, un vrai labyrinthe reprenant le thème du Minotaure, ou l'Homme à la recherche de l'Homme et du dépassement de soi. Ce pavillon a été conçu par des cinéastes de renom, dont Colin Low, qui devint un des créateurs d'IMAX, suite aux travaux faits pour le Labyrinthe.
Dès les premiers jours de l'Expo, j'ai senti que l'été serait long à entendre la même chose, 6 à 8 fois par jour, à l'intérieur d'un bloc de béton.
Comme on était un peu hors circuit, il n'y avait pas beaucoup de visiteurs. Ailleurs, il y avait foule et un journaliste de La Gazette avait noté qu'une file s'était formée derrière un homme qui attendait quelqu'un à coté d'une porte inutilisée. On a alors eu l'idée de créer une file.
Normalement, on entrait sans attendre. On a obligé les gens à attendre quelques minutes. En moins de deux heures, on avait une file bien vivante.
Les premiers jours de l'Expo, fin avril 67, il faisait chaud. Mais quelques jours plus tard ce fut assez froid. Peu de personnes voulaient aller dehors. Nous n'étions que quelques uns à le faire et parce qu'on avait travaillé dehors au froid, tout l'été on a eu le privilège de pouvoir travailler à l'extérieur en priorité. Beaucoup mieux que de réentendre les films encore et encore. Il y eut du soleil, de la pluie, des orages, des confrontations avec les spectateurs, bref, un bel été.
Plus tard dans la saison, nous avons eu les files les plus longues de tout l'Expo. Le matin en quelques minutes, la file se constituait et on comptait les gens. On les avisait qu'il était possible qu'ils ne puissent entrer pour le dernier spectacle de 22:00. Et cela arrivait fréquemment.
Pour fermer les portes, on portait un casque protecteur, et par en arrière de la file, avec un mégaphone, on demandait l'attention des gens. Ils se retournaient et lentement, en français et en anglais, on annonçait que le prochain spectacle aurait lieu à 10 heures, le lendemain matin.
Pendant ce temps, les portes d'acier étaient fermées et verrouillés et on partait en courant, recevant toutes sortes d'objets lancés par les gens déçus. On les avait pourtant avertis. Pour arriver les premiers, il fallait habiter sur le site soit en logeant à Habitat 67 qui avait quelques unités en location, ou encore avoir un emplacement à la marina. Les autres ne pouvaient entrer sur le site avant l'ouverture à 09:30
Le système de gestion était inexistant ou à tout le moins inadéquat. On a fait beaucoup d'argent. Au début de l'été, pour être juste avec tous, on a distribué les congés de fin de semaine équitablement entre tous. Tout le monde avait le même nombre de congés pour la saison.
Si on n'entrait pas travailler, on n'était pas payé. Si on travaillait lors de notre premier jour de congé prévu pour la semaine, c'était temps et demi et temps double pour la deuxième journée.
Rapidement, on s'est échangé nos jours de travail. Tu as congé vendredi et samedi et moi j'ai congé dimanche et lundi. Alors, je n'entre pas vendredi et samedi et tu me remplaces. Tu fais de même dimanche et lundi et je te remplace. Au total, je travaille 5 jours et je suis payé pour 6 et demi et toi de même.
Quand ils s'en sont rendu compte, septembre arrivait et je suis reparti à Polytechnique. Avec un beau motton.
Je n'ai presque rien vu d'Expo 67. On en reparlera dans un autre texte.
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